Guillaume Poitrinal, cofondateur Woodeum et WO2 : " Un siège social signature du manifeste de l'entreprise"

Interview

À la tête de l’un des pionniers de la construction en bois, Guillaume Poitrinal a mis en place un comité scientifique pour démontrer les bienfaits du bois sur le bien-être au travail. Des résultats en phase avec la prise de conscience écologique des dirigeants comme des employés.

En tant que dirigeant d’entreprise, quel est votre sentiment sur le pouvoir et l’utilité du bureau ?

Les espaces de bureaux sont bien plus que des alignements de postes de travail. Ils permettent une communication totale, polysensorielle et comportementale. On voit son voisin en trois dimensions quand l’écran d’un ordinateur est restreint à deux dimensions. La communication, qui est et sera l’alpha et l’omega de la performance des entreprises, est beaucoup plus complète, intense et immédiate en présentiel qu’à distance. La motivation et la cocréativité sont également des facteurs clefs de réussite dans ce monde qui demande de plus en plus d’agilité. Enfin, le siège social, c’est aussi le manifeste d’une entreprise. Pour beaucoup d’entre elles, notamment dans le secteur tertiaire, les bureaux sont la transcription de ses valeurs et de ses missions extra-financières. Avec son siège, l’entreprise expose avec puissance à ses clients, ses actionnaires, ses partenaires, ses candidats à l’embauche ce qu’elle est. Elle témoigne de ses engagements, notamment sur le plan environnemental.

Le bois est de plus en plus prisé par l’immobilier tertiaire : pourquoi vous êtes-vous positionné sur ce matériau ?

Il y a eu plusieurs étapes. Avec Philippe Zivkovic, nous avons créé WO2 (maison mère de Woodeum) en 2014 à l’heure où les promoteurs considéraient que concevoir des immeubles basse consommation ou obtenir des labels internationaux étaient suffisants. Personne ne se préoccupait des émissions de CO2. Le plus bas kWh au m2 était la priorité, quel que soit le coût carbone. Notre priorité a été de mesurer le plus exactement et indépendamment possible l’empreinte carbone du bâtiment sur son cycle de vie. Nos initiatives ont été vite dépassées par les travaux de l’association BBCA, qui a lancé son label en liaison avec le CSTB, puis par l’État et la DHUP avec le label E+C- et la RE2020. Avec le bois, on dispose d’un matériau renouvelable. Issu de la photosynthèse, son empreinte carbone est inversée : il stocke du carbone quand le béton en émet. Chez WO2, on ne réalise que des constructions bas carbone dont le bois constitue l’essentiel du gros œuvre.

Vous avez mis en place avec Nicolas Laisné un protocole pour intégrer les dimensions de la santé et du bien-être dans la conception des bureaux, com- ment l’avez-vous construit ?

Beaucoup de personnes me disaient : « au-delà de la question écologique, je préfère le bois, j’adore le bois, j’aime l’atmosphère des chalets ». Nous avons alors voulu ajouter une dimension scientifique à ces observations empiriques et ces sentiments pour évaluer précisément les bénéfices pour le bien-être et la santé des bâtiments en bois. Nous avons travaillé avec une biologiste, un professeur de médecine de l’Université de Nantes... Nous avons publié une étude dans laquelle nous synthétisons les études scientifiques réalisées sur les bienfaits du bois sur le stress, sur le rythme cardiaque mais aussi sur la concentration. Les résultats sont impressionnants.

Les entreprises jouent-elles leur rôle en termes de responsabilité sociale et environnementale ?

Les entreprises ont pris conscience du fait que nous étions en train de passer d’un monde à l’autre. En revanche, toutes les entreprises ne sont pas au même niveau de maturité quant à cette prise de conscience. Toutes communiquent sur le sujet mais il suffit de visiter les sièges sociaux des entreprises en Île-de-France pour se rendre compte qu’il y a une grosse marge de progression. Les jeunes ont une vraie conscience écologique et veulent plus d’ouverture sur l’extérieur, plus de proximité avec la nature, plus de confort et d’espaces d’interactions. Ce qui, soyons honnêtes, ne ressemble pas exactement au parc de bureaux existant. 80 à 90 % des 30 millions de mètres carrés de bureaux franciliens ne répondent pas à ces aspirations émergentes. Même si le télétravail gagne en popularité, il ne sera jamais exclusif. Il faudra adapter les bureaux à l’évolution des modes de travail et à la prise de conscience environnementale grandissante. Il y a aura de grands besoins d’investissements pour adapter l’existant et construire ces bureaux manifestes d’écologie et de sobriété que tout le monde attend.

Guillaume Poitrinal, cofondateur Woodeum et WO2