Stéphane Roussel, Directeur général en charge des Opérations - Vivendi : “ Si le télétravail augmente, le bureau doit être un lieu d’acculturation très fort ”

Interview

Qu’il s’agisse de formation, de marque employeur ou de politique RSE, Stéphane Roussel en est convaincu : le bureau post-Covid devra encore plus traduire la raison d’être de l’entreprise.

Qu’est-ce que la crise sanitaire a changé dans votre rapport à l’espace ?

Si la crise a eu un effet d’accélération, il est difficile de sortir une tendance générale, car chaque espace doit être conçu sur mesure pour ses utilisateurs. Mais c’est vrai que s’agissant des lieux de convivialité et d’échanges, nous pensons qu’ils devront être plus grands, plus beaux, mieux adaptés. Les open space resteront selon moi, mais s’étaleront sur moins de surface, car on y sera moins. Chez Gameloft, nous ne fixons pas de règle générale pour le télétravail, chacun fait comme il veut, et souvent comme il peut ! Cela dépend de sa situation, de sa localisation géographique voire de ses enfants...

D’un point de vue managérial, vos pratiques ont-elles évoluées ?

Chez Gameloft, le télétravail était déjà adopté pour partie avant la Covid-19. En quelques heures, la transition était réglée ! Mais maintenant que c’est possible, nous avons besoin de nous retrouver physiquement pour faire vivre l’intelligence collective, car il y a des réunions au bureau qui sont indispensables. Elles sont moins nombreuses mais beaucoup plus préparées. Il faut que ces réunions soient denses, animées, utiles. Personne ne doit se dire « mais pourquoi j’ai bravé les transports pour venir à cette réunion ? ».

Parfois isolés pendant la crise sanitaire, les jeunes sont d’autant plus heureux de retrouver le bureau. C’est un point d’attention particulier ?

Pour les jeunes, avoir un lieu qui représente l’entreprise est indispensable. Et là encore, les conditions d’accueil devront être meilleures qu’auparavant. Du point de vue de l’aménagement, mais également dans la façon de les accompagner, de les coacher, de les guider. C’est vrai pour le stagiaire de 3e comme pour quelqu’un en contrat d’apprentissage. Si le temps de télétravail augmente, il faut que les endroits physiques soient des lieux d’acculturation très forts.

Comment la jeune génération perçoit-elle les engagements sociaux et environnementaux des entreprises ?

C’est un critère de choix ! Pour l’association « Les entreprises pour la Cité » je n’ai aucun mal à recruter des jeunes sortis de grandes écoles, qui sont payés 30 à 40 % de moins qu’un salaire dans une grande entreprise. Leur engagement est fort, et c’est souvent pour eux une étape importante dans leur carrière, qu’ils peuvent d’ailleurs valoriser ensuite sur leur CV. C’est très classique comme type de parcours aujourd’hui. Pour un recruteur, ce n’est pas trivial, cela envoie un message d’intérêt pour le bien public, que l’on place avant son intérêt personnel.

Au niveau de l’entreprise, comment doit se traduire l’engagement RSE ?

Il est important que la politique RSE soit en lien avec la raison d’être de l’entreprise. Si la mission de l’entreprise et son engagement sociétal sont décorrelés, cela ne peut pas fonctionner. C’est pourquoi il faut faire l’effort d’écrire sa raison d’être en amont. Chez Vivendi, nous pensons que c’est dans la diversité que l’on va trouver la réussite économique. Cela se traduit par notre politique RSE « talents unlimited », matérialisée par des ateliers de musique en Afrique, dans les quartiers. C’est notre rôle au sein de la société de tendre la main à des personnes qui n’ont pas forcément accès à la musique ou à des formations de développeur. De découvrir des talents. Nos employés en sont très fiers !

Stéphane Roussel, Directeur général en charge des Opérations Vivendi